TuishouSimple fouetéventailéventailRamener le tigre à la montagne

L'envol de la grue

Cet ouvrage aborde le tai ji quan dans une perspective de psychologie cognitive. L'auteur s'attache à analyser l'organisation et les facteurs psychologiques qui permettent d'intégrer et de reproduire le mouvement, en particulier l'attention.

Ram, Editions DésIris, 2000

Commentaire de Serge Dreyer

Afin d'éviter des interprétations abusives, je reprendrai quelques commentaires de la quatrième de couverture de cet ouvrage qui aborde le tai ji quan dans une perspective de psychologie cognitive. L'auteur s'attache à analyser l'organisation et les facteurs psychologiques qui permettent d'intégrer et de reproduire le mouvement, en particulier l'attention. L'un des apports de cette recherche est de souligner, au sein de l'activité concentrative et de la formation du sens, la présence constante d'une fonction innée de la conscience constituant le cœur même de l'aptitude cognitive. Cette démarche s'enrichit de références aux textes du bouddhisme tardif et du shivaïsme du Cachemire.

Mes commentaires:

N'étant pas psychologue de formation, il m'est difficile de porter des jugements sur cet aspect de l'analyse. Toutefois, l'ouvrage de par sa démarche mérite notre attention car il tente une hybridation de la connaissance (et de ses outils). Or, peu de gens en sont capables avec rigueur et surtout très peu sont prêts à en prendre les risques. L'organisation du livre, sa bibliographie soulignent un travail de qualité. J'ai bien aimé en particulier la notion d' empreinte intérieure (p.18) "Le modèle du Taiji Quan est un objet-modèle qui, au fur et à mesure de son traitement intégrateur, dans la conscience de soi, tend vers une intériorisation et une structuration subjective croissantes. L'intégration étant à l'oeuvre dès le premier contact visuel, l'objet-modèle du Taiji Quan devient très rapidement une empreinte intérieure: un modèle interne."

Je n'ai pas aimé l'ignorance de l'aspect martial qui gêne considérablement l'analyse en partant de postulats très contestables comme celui de prétendre que la pratique du TJQ, en particulier celui de Yang Chen Fu, est fondé sur "un rythme lent et constant"(p. 14). Or on sait depuis belle lurette (communication personnelle, entre autres d'une ancienne élève de Yang Chen Fu) que le rythme n'est justement pas constant, que Yang Chen Fu lui-même alternait dans sa pratique mouvements lents et mouvements plus rapides. Le sous-chapitre E (p.308) tente de faire croire, assez maladroitement, qu'il n'y a guère de différence entre l'aspect martial et la vie spirituelle intérieure donc exit l'intérêt martial du Taiji Quan. Dans ce domaine l'auteur s'appuie sur des conditionnels et de vagues références qui évacuent la problématique. Par exemple (p.308) "Dans la présentation classique du Taiji Quan, la recherche intérieure et les séquences motrices sont différenciées. Ces dernières seraient (je souligne), semble-t-il, le terrain d'application ou de vérification des acquis introspectifs". L'auteur semble ignorer que les textes dits classiques étaient avant tout des manuels de combat et que les séquences motrices génèrent des "acquis introspectifs" et non le contraire. On pourrait également discuter longuement d'affirmations gratuites du genre "Mais que l'action martiale réelle constitue une voie mystique, cela est plus que douteux" (p.308). On lui signalera par la meme occasion des postures plus que douteuses, les genoux dépassant largement la pointe des pieds d'appui, ce qu'une connaissance martiale correcte du Taiji Quan lui aurait permis de rectifier (fig. 66 et 67 entre autres).

Bref, comme tout ouvrage, les avis divergent et mes commentaires n'en sont qu'un exemple. Ils ne devraient en rien décourager nos lecteurs de s'investir dans ce livre et surtout de nous le commenter

Serge Dreyer.

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